Le Golfe de Fos, poumon industriel de la région, est en pleine métamorphose. Avec 17 millions de tonnes de CO₂ émises chaque année, ce territoire concentre un quart des émissions industrielles françaises. Depuis janvier 2023, il est désigné comme Zone Industrielle Bas-Carbone (ZIBaC), un statut qui accélère sa transition vers des modèles plus durables. Entre 12 à 15 milliards d’euros d’investissements annoncés, des projets phares comme l’acier décarboné d’ArcelorMittal ou l’écosystème hydrogène, et l’expansion du Grand Port Maritime de Marseille, le Golfe de Fos redessine son avenir. Mais entre enthousiasme institutionnel et réalisme industriel, où en est-on vraiment en 2026 ?
L’essentiel
- 17 millions de tonnes de CO₂ par an : le Golfe de Fos est le premier pôle émetteur industriel de France.
- 12 à 19,9 milliards d’euros d’investissements prévus pour la transition, avec une trentaine de projets identifiés.
- 10 000 emplois supplémentaires visés d’ici 2030, portés par l’industrie et la logistique.
- 1,3 milliard d’euros d’investissements du GPMM entre 2025 et 2029, avec des extensions majeures comme Fos 2XL et Fos 3XL.
- Défis majeurs : adéquation entre besoins électriques et capacités du réseau, acceptabilité sociale, et incertitudes sur le calendrier des projets.
Table des matières
ToggleLe Golfe de Fos, un géant industriel en pleine mutation
Le Golfe de Fos, situé à l’extrémité ouest de l’Étang de Berre, est un territoire industriel historique. Depuis les années 1960, il abrite une Zone Industrialo-Portuaire (ZIP) de 9 000 hectares, dont 7 500 dédiés à l’industrie lourde. Ce site, qui s’étend principalement sur Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône et une partie de Martigues (Caronte/Lavéra), a longtemps été le symbole de la puissance industrielle française, mais aussi de son impact environnemental.
Plus de 60 ans d'industrie lourde, premier pôle émetteur de CO₂ de France
Avec un quart des émissions industrielles nationales, soit plus de 17 millions de tonnes de CO₂ par an, le Golfe de Fos est le premier site émetteur de France. Cette concentration s’explique par la présence d’industries énergivores : sidérurgie, pétrochimie, chimie. ArcelorMittal, premier employeur de la zone avec 2 500 salariés, incarne cette histoire industrielle, tout comme Kem One ou TotalEnergies.
Bon à savoir : la ZIP et la ZIBaC
La Zone Industrialo-Portuaire (ZIP) de Fos est un espace dédié à l’industrie et à la logistique, directement connecté au port. Depuis janvier 2023, elle est aussi une Zone Industrielle Bas-Carbone (ZIBaC), un label national visant à accélérer la décarbonation des sites industriels. Fos-sur-Mer partage ce statut avec Dunkerque.
Zone industrielle bas-carbone (ZIBaC) depuis janvier 2023
La désignation de Fos-sur-Mer comme ZIBaC marque un tournant. Ce statut, accordé par l’État, s’accompagne d’un plan d’action partagé entre l’État, la Région Sud, la Métropole Aix-Marseille-Provence et les acteurs locaux. L’objectif : réduire de 55 % les émissions industrielles d’ici 2030 et de 80 % d’ici 2050. Une feuille de route ambitieuse, mais qui bute sur des réalités économiques et techniques.
Une feuille de route partagée État-Région-Métropole à l'horizon 2030
La transition du Golfe de Fos repose sur une collaboration multi-niveaux. La Région Sud, présidée par Renaud Muselier, la Métropole AMP (créée en 2016), et l’État coordonnent leurs efforts pour attirer des investissements et structurer la filière. La Plateforme Industrielle et d’Innovation Caban Tonkin (PIICTO), dirigée par Nicolas Mat, joue un rôle clé dans l’animation de cet écosystème.
Les projets industriels majeurs annoncés
Le Golfe de Fos est aujourd’hui le théâtre d’une vague de projets industriels visant à décarboner son économie. Entre hydrogène vert, acier bas-carbone et énergies renouvelables, les annonces se multiplient. Mais tous les projets ne sont pas au même stade de maturité.
ArcelorMittal et le pari de l'acier décarboné
ArcelorMittal a annoncé un programme de 1,7 milliard d’euros pour décarboner ses sites de Fos-sur-Mer et Dunkerque, avec la construction d’un four électrique à Fos. Cependant, fin 2024, le groupe a suspendu ses projets de décarbonation en Europe, exigeant des mesures de soutien public renforcées. Une décision qui a semé le doute sur la réalité de la transition dans la zone.
L'écosystème hydrogène (H2V, GravitHy, Kem One)
L’hydrogène est au cœur de la stratégie de décarbonation du Golfe de Fos. Plusieurs projets structurants sont en cours :
- GravitHy : 2,2 milliards d’euros d’investissement pour une usine de fer pré-réduit (DRI) à partir d’hydrogène, avec une capacité de 2 millions de tonnes par an et 500 emplois directs. Mise en service prévue en 2027.
- H2V Fos : 6 unités d’électrolyse pour une capacité de 600 MW et une production de 84 000 tonnes d’hydrogène bas-carbone par an.
- Kem One : une nouvelle usine d’électrolyseurs hydrogène vert, opérationnelle depuis début 2025.
Le territoire produit déjà 150 000 tonnes d’hydrogène par an, mais celui-ci est encore majoritairement gris (issu d’énergies fossiles).
Bon à savoir : l’hydrogène gris, bleu et vert
L’hydrogène gris est produit à partir d’énergies fossiles (gaz naturel) sans capture de CO₂. L’hydrogène bleu utilise aussi des énergies fossiles, mais avec capture et stockage du CO₂. Enfin, l’hydrogène vert est produit par électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables.
E-carburants et chimie verte (NéoCarb, terminal ammoniac)
La chimie verte et les e-carburants sont un autre axe fort de la transition :
- NéoCarb (Elyse Energy) : plus d’1 milliard d’euros pour une usine d’e-méthanol, avec 150 emplois directs et une capacité de 250 000 tonnes par an. Ce carburant synthétique vise à décarboner les transports maritime et aérien.
- Terminal ammoniac bas-carbone : 120 à 150 millions d’euros pour un terminal dédié à l’ammoniac, vecteur d’hydrogène et carburant maritime potentiel. Mise en service prévue en 2029.
Énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien flottant, biosolvants)
Les énergies renouvelables ne sont pas en reste :
- Carbon : projet de giga-usine européenne de panneaux photovoltaïques à Fos.
- Deos : projet d’éoliennes flottantes en mer Méditerranée.
- GF Biochemicals : production de biosolvants à partir de ressources renouvelables.
Le Grand Port Maritime de Marseille en expansion
Le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), dirigé par Hervé Martel, joue un rôle central dans la dynamique du Golfe de Fos. Avec 74 millions de tonnes de marchandises traitées en 2025 (+5 % par rapport à 2024), il est le premier port français et un acteur clé de la transition logistique et énergétique.
GRAND PORT MARITIME DE MARSEILLE
Marchés publics publiés depuis Oct 2025
Durée sur 27/137 marchés · Délai sur 80/137.
CPV renseigné sur 68% des marchés.
- ENTRETIEN ET TRAVAUX DE MENUISERIES EXTERIEURES DANS LES BATIMENTS DU GPMM 2026-10-16 — Procédure Ouverte
- Retrait, encapsulage et traitement de l'amiante dans les ouvrages exploités du GPMM 2026-10-08 — Procédure Ouverte
- TRAVAUX ET MAINTENANCE DES CLÔTURES ET PORTAILS DU GRAND PORT MARITIME DE… 2026-10-04 — Procédure Ouverte
- FOURNITURE ET LIVRAISON DES VETEMENTS POUR LES AGENTS DU GRAND PORT MARITIME… 2026-10-03 — Procédure Ouverte
- Maintenance escaliers mécaniques 2026-09-24 — Procédure Adaptée
- 1. L'accord-cadre sera exécuté par l'émission de bons de comman (10×)
- 2. Acquisition, réparation et évolution des équipements de radi (6×)
- 3. BASSINS OUEST (5×)
- 4. TRAVAUX NEUF DE GÉNIE CIVIL - VOIRIE - RÉSEAUX DIVERS SUR LE (4×)
- 5. Bassins Ouest (4×)
Calculé sur 110 marchés sur 137 disposant de lots structurés (80%).
Calculé sur 32 marchés sur 137 disposant de critères structurés (23%).
74 millions de tonnes de marchandises en 2025
En 2025, le GPMM a enregistré un trafic record :
- 74 millions de tonnes de marchandises, dont 1,45 million d’EVP (équivalent vingt pieds) pour les conteneurs.
- 2,6 millions de croisiéristes (+7 %) et 4,1 millions de passagers au total (+4 %).
- Un chiffre d’affaires de 235,3 millions d’euros (+5 %), avec 105 millions d’euros d’investissements en 2025, dont 49,9 M€ dédiés à la transition écologique.
Bon à savoir : l’EVP
L’EVP (Équivalent Vingt Pieds) est une unité de mesure standardisée pour les conteneurs. Un conteneur de 20 pieds (6,1 m) équivaut à 1 EVP, un conteneur de 40 pieds (12,2 m) à 2 EVP.
1,3 milliard d'euros d'investissements sur 2025-2029
Le plan stratégique 2025-2029 du GPMM prévoit 1 à 1,3 milliard d’euros d’investissements, avec plusieurs projets phares :
- Fos 2XL : extension en cours, ajoutant 550 000 EVP de capacité et 240 emplois.
- Fos 3XL : 220 millions d’euros pour porter la capacité à 2,9 millions d’EVP, avec une mise en service en 2031.
- Distriport 2 : 100 hectares d’entrepôts supplémentaires, pour un investissement de 200 M€ (publics et privés).
- Branchement électrique des paquebots : à partir d’avril 2026, sous réserve de la validation des tests en cours, le GPMM prévoit de devenir le premier port d’Europe et de Méditerranée à permettre le branchement simultané de 3 paquebots, réduisant leurs émissions à quai. Un projet de plus de 200 M€.
Fos 2XL, Fos 3XL et la nouvelle vague logistique
L’extension des capacités portuaires s’inscrit dans une stratégie de report modal :
- Objectif : 25 % des conteneurs par fer en 2040 (contre 17 % en 2024) et 11 % par fluvial (contre 5 %).
- Ces projets visent à désengorger les routes et à réduire l’empreinte carbone de la logistique.
Défis et incertitudes
Si les annonces sont nombreuses, les défis restent immenses. La transition industrielle du Golfe de Fos ne sera pas un long fleuve tranquille.
La question électrique, talon d'Achille de la transition
La demande électrique pourrait doubler d’ici 2030 dans la zone, en raison des besoins des nouveaux projets (électrolyseurs, fours électriques, etc.). Or, le réseau actuel, géré par RTE, n’est pas dimensionné pour absorber cette hausse. Des projets de renforcement sont en cours, mais leur calendrier et leur financement restent incertains.
Acceptabilité sociale et environnementale du nouveau modèle
Les projets industriels suscitent des réserves parmi les habitants et les associations. Les craintes portent sur :
- La pollution résiduelle (même si les nouvelles technologies réduisent les émissions, elles ne les suppriment pas).
- L’artificialisation des sols (la ZIP couvre déjà 9 000 hectares).
- Les nuisances (bruit, trafic, risques industriels).
En mars 2025, l’AFP et GoodPlanet soulignaient dans une enquête que la décarbonation à Fos-sur-Mer reste à plusieurs inconnues, notamment sur son acceptation par la population.
Le réalisme face à l'enthousiasme institutionnel
Les acteurs locaux, comme le maire de Fos-sur-Mer René Raimondi (DVG), ou les syndicats, appellent à la prudence. Plusieurs projets ont déjà pris du retard ou ont été repoussés, comme ceux d’ArcelorMittal. De plus, l’État a rétropédalé en 2025 sur certains soutiens à l’hydrogène, créant une incertitude économique pour les investisseurs.
Quelles opportunités pour le territoire et ses entreprises ?
Malgré les défis, la transition industrielle du Golfe de Fos représente une opportunité historique pour le territoire, notamment pour les TPE/PME du Pays de Martigues.
Un objectif de 10 000 emplois directs et indirects supplémentaires
Le GPMM et les industriels visent la création de 10 000 emplois d’ici 2030, s’ajoutant aux 42 000 emplois actuels dans la zone. Ces emplois concernent :
- La construction et l’exploitation des nouvelles infrastructures (usines, terminaux, parcs renouvelables).
- La logistique et la sous-traitance industrielle.
- Les services aux entreprises (maintenance, ingénierie, formation).
Sous-traitance industrielle, BTP et logistique pour les TPE/PME
Les projets du Golfe de Fos génèrent des besoins massifs en sous-traitance :
- BTP : construction des usines, extensions portuaires, infrastructures électriques.
- Logistique : gestion des flux de matières premières et de produits finis.
- Services industriels : maintenance, sécurité, nettoyage, etc.
Les entreprises locales du BTP et travaux publics ou des services aux entreprises sont bien placées pour capter une partie de ces marchés.
Exemple concret : les marchés publics liés aux projets industriels
Les projets comme GravitHy ou Fos 2XL s’accompagnent de marchés publics pour les travaux préparatoires, les études d’impact ou les prestations de services. Les TPE/PME du Pays de Martigues peuvent y répondre via les plateformes comme le BOAMP ou les appels d’offres locaux. Une veille régulière est indispensable pour ne pas manquer ces opportunités.
Nouvelles compétences et besoins de formation
La transition industrielle nécessite de nouvelles compétences :
- Techniciens en hydrogène (production, stockage, distribution).
- Experts en énergies renouvelables (solaire, éolien, biocarburants).
- Spécialistes de la logistique bas-carbone (report modal, optimisation des flux).
Des formations sont en cours de déploiement, en partenariat avec les lycées professionnels, les CFA et les universités de la région.
Questions fréquentes
La transition industrielle du Golfe de Fos va-t-elle vraiment créer 10 000 emplois ?
L’objectif de 10 000 emplois supplémentaires est ambitieux, mais réaliste si les projets aboutissent. Cependant, certains emplois seront temporaires (chantiers de construction), et d’autres nécessiteront des compétences spécifiques que le territoire devra former. Par ailleurs, la suspension de certains projets (comme ceux d’ArcelorMittal) pourrait réduire ces prévisions.
Pourquoi ArcelorMittal a-t-il suspendu ses projets de décarbonation fin 2024 ?
ArcelorMittal a gelé ses investissements en Europe en raison de :
- Coûts élevés de la transition (1,7 milliard d’euros prévus pour Fos et Dunkerque).
- Manque de visibilité sur les aides publiques.
- Concurrence internationale (acier chinois ou indien moins cher et moins régulé).
Le groupe attend des garanties financières de l’État et de l’Union européenne pour relancer ses projets.
L'hydrogène vert va-t-il remplacer l'hydrogène gris dans le Golfe de Fos ?
À court terme, non. Le territoire produit aujourd’hui 150 000 tonnes d’hydrogène par an, principalement gris. Les projets comme H2V Fos ou GravitHy visent à développer l’hydrogène bas-carbone, mais la transition prendra plusieurs années. De plus, la disponibilité d’électricité renouvelable en quantité suffisante reste un défi majeur.
Quels sont les risques environnementaux des nouveaux projets ?
Même si les nouvelles technologies réduisent les émissions de CO₂, elles ne suppriment pas tous les impacts :
- Consommation d’eau (pour l’électrolyse de l’hydrogène).
- Artificialisation des sols (extensions portuaires et industrielles).
- Pollution résiduelle (rejets chimiques, particules fines).
Les études d’impact et les enquêtes publiques sont obligatoires pour chaque projet, mais leur application reste sujette à débat.
Comment les TPE/PME du Pays de Martigues peuvent-elles profiter de ces opportunités ?
Les entreprises locales peuvent se positionner sur :
- Les marchés publics liés aux infrastructures (travaux, études, services).
- La sous-traitance industrielle (maintenance, logistique, sécurité).
- Les services aux nouveaux acteurs (restauration, hébergement, transport).
Il est conseillé de :
- Se référencer dans les annuaires spécialisés.
- Surveiller les appels d’offres (BOAMP, plateformes locales).
- Se former aux nouvelles normes (hydrogène, décarbonation, économie circulaire).
En résumé
Le Golfe de Fos est en 2026 à un tournant de son histoire industrielle. Avec des investissements colossaux, des projets innovants et une volonté politique forte, le territoire se positionne comme un leader de la transition bas-carbone. Pourtant, les incertitudes persistent : calendrier des projets, adéquation entre besoins électriques et capacités du réseau, acceptabilité sociale. Pour les habitants et les entreprises du Pays de Martigues, cette mutation représente à la fois des opportunités économiques (emplois, marchés publics, sous-traitance) et des défis (formation, adaptation, concurrence). Une chose est sûre : le Golfe de Fos ne sera plus jamais tout à fait le même.
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Source : BOAMP (DILA) — Licence Ouverte 2.0. Données mises à jour le 16/10/2026.