Quand une entreprise du Pays de Martigues se demande s’il y a « du marché public » près de chez elle, elle se heurte vite à un mur : les plateformes affichent des milliers d’avis régionaux, et rien ne dit lesquels viennent d’un acheteur du territoire. Nous avons regardé nos propres données pour répondre à la question la plus simple qui soit : qui achète ici, et quoi ?
Voici ce que montrent 117 avis publiés par des acheteurs du Pays de Martigues et recensés dans notre base entre le 27 octobre 2025 et le 10 septembre 2026 — le plus récent d’entre eux datant du 5 septembre.
Sept acheteurs, et deux qui pèsent l’essentiel
Le premier enseignement tient en une ligne : le marché public local n’est pas une nébuleuse, c’est une petite liste de noms. Sept organismes seulement ont publié sur la période.
| Acheteur | Avis publiés |
|---|---|
| Commune de Martigues | 54 |
| Commune de Port-de-Bouc | 36 |
| Centre Hospitalier de Martigues | 8 |
| Comité des œuvres sociales du Pays de Martigues | 4 |
| CCAS de la Ville de Martigues | 1 |
À ces 103 avis s’ajoutent 14 avis de la Ville de Châteauneuf-les-Martigues, que nous comptons à part : malgré son nom, cette commune n’appartient pas au Pays de Martigues mais à la Métropole Aix-Marseille-Provence. C’est une confusion fréquente, et elle a une conséquence pratique : une entreprise qui filtre « Martigues » dans un moteur de recherche récupère des marchés qui ne relèvent pas du même territoire.
Deux acheteurs concentrent 77 % des avis : la commune de Martigues et celle de Port-de-Bouc. Pour une entreprise qui débute, c’est une bonne nouvelle : surveiller sérieusement deux acheteurs couvre l’essentiel du volume local. Inutile de s’abonner à la France entière pour ne rien rater de son territoire.
Un rythme régulier, pas une saison
On entend souvent que la commande publique « tombe en fin d’année » ou « s’arrête l’été ». Sur nos données, ce n’est pas ce qu’on observe pour ce territoire :
| Trimestre | Avis publiés |
|---|---|
| 4e trimestre 2025 | 21 |
| 1er trimestre 2026 | 33 |
| 2e trimestre 2026 | 30 |
| 3e trimestre 2026 | 33 |
Le flux est stable, autour d’une trentaine d’avis par trimestre, soit une dizaine par mois. C’est un rythme qu’une petite structure peut suivre sans y consacrer ses journées — à condition d’être prévenue quand un avis paraît, plutôt que d’aller chercher.
Ce chiffre a une conséquence directe sur la manière de travailler : dix avis par mois, ce n’est pas assez pour justifier une veille quotidienne à la main, et c’est bien trop pour compter sur le hasard d’une visite mensuelle sur un portail.
Ce qui se passe vraiment : deux tiers d’appels d’offres, un tiers d’attributions
Tous les avis ne sont pas des occasions de candidater. Sur les 117 :
- 65 appels d’offres — les avis auxquels on peut répondre ;
- 49 avis d’attribution — le marché est déjà attribué, l’affaire est close ;
- 3 rectificatifs — une correction apportée à un avis existant.
Autrement dit, un avis sur deux environ n’est plus une opportunité au moment où il paraît. C’est un point que beaucoup d’entreprises découvrent tard, après avoir perdu du temps à ouvrir des avis qui ne mènent nulle part.
Mais les avis d’attribution ne sont pas inutiles pour autant, et c’est peut-être l’usage le moins connu : ils disent qui a gagné, et à quel prix. Pour une entreprise qui prépare sa première candidature, lire les marchés publics attribués d’un acheteur pendant six mois vaut toutes les formations : on y voit les montants réellement pratiqués, les concurrents présents sur le territoire, et le type de prestation que cet acheteur confie à l’extérieur.
Les montants : ce que nos données permettent de dire, et ce qu’elles ne permettent pas
Il faut ici être précis, parce que c’est le point où les chiffres circulent le plus vite et le plus mal.
Sur les 117 avis, 56 portent un montant estimatif — soit 47,9 %. Ces 56 avis totalisent 87 076 735 €, avec des montants allant de 44 330 € à 22 820 000 €.
Ce total ne dit pas « le Pays de Martigues achète pour 87 millions d’euros ». Il dit exactement ceci : les avis qui portaient un montant, et eux seuls, totalisent cette somme. Un avis sur deux ne publie aucun montant — ce n’est pas une anomalie, c’est la règle pour beaucoup de procédures. Additionner ce qui est chiffré et présenter le résultat comme un budget territorial serait faux, et personne ne pourrait le vérifier.
Ce que ces montants disent en revanche très bien, c’est l’étendue de la fourchette. Entre un marché à 44 000 € et un marché à 22,8 millions, il n’y a pas le même monde : le premier est à la portée d’un artisan seul, le second suppose un groupement ou une grosse structure. Une entreprise qui écarte « les marchés publics » en bloc parce qu’elle se croit trop petite se prive surtout du bas de cette fourchette, qui existe et qui est nombreux.
Pour situer ce territoire dans un ensemble plus large, notre baromètre de la commande publique en Provence donne chaque mois les volumes des six départements de la région, et le baromètre des Bouches-du-Rhône le détail départemental.
Une limite de nos données, dite franchement
En construisant cette analyse, nous avons buté sur un défaut qui mérite d’être exposé plutôt que masqué, parce qu’il touche tous ceux qui font ce genre de recherche.
La commune indiquée dans un avis n’est pas toujours celle de l’acheteur. Dans nos données, la commune de Martigues apparaît associée à un code postal de l’Isère : celui de la plateforme de dématérialisation par laquelle l’avis a été publié. À l’échelle de la base entière, ce seul code postal isérois revient sur 482 avis, et 81 % des avis n’ont aucun code postal d’acheteur renseigné.
La conséquence est concrète : chercher les marchés d’un territoire par son code postal ne rend presque rien. Dans notre cas, ce filtre rendait zéro résultat là où il y en a 117. Le seul repère fiable est le nom de l’organisme acheteur. Si vos recherches sur les portails officiels vous semblent anormalement vides, c’est probablement pour cette raison — et non parce qu’il n’y a rien près de chez vous.
Ce qu’une entreprise du territoire peut en tirer
Trois conclusions pratiques se dégagent de ces 117 avis :
- Surveillez des noms, pas une zone. Deux acheteurs — Martigues et Port-de-Bouc — représentent l’essentiel du volume local. Un filtre géographique vous fera manquer des avis ; un filtre sur l’acheteur, non.
- Comptez une dizaine d’avis par mois. C’est peu, donc chaque avis compte, et rater la période de réponse coûte cher. La régularité du flux rend l’alerte automatique plus rentable que la veille manuelle.
- Lisez les attributions. Elles représentent 42 % des avis publiés et ne coûtent rien à consulter. C’est la meilleure école pour calibrer un premier prix.
Enfin, une précision sur la méthode : tous les chiffres de cet article proviennent de notre propre base d’avis, remesurés au moment de la publication sur la période allant du 27 octobre 2025 au 10 septembre 2026. Ils décrivent ce que les acheteurs ont publié, pas l’intégralité de ce qu’ils ont acheté : les marchés passés sous les seuils de publicité obligatoire n’y figurent pas. Vous pouvez consulter les derniers avis publiés à tout moment.
Recevoir les avis qui vous concernent. Nous suivons quotidiennement les avis de marchés publics de la région, dont ceux du Pays de Martigues. Si vous souhaitez être prévenu à la parution plutôt que d’aller chercher, vous pouvez recevoir par courriel les nouveaux avis correspondant à vos mots-clés et à vos départements. Créer une alerte marchés publics.